Il y a des moments suspendus. Le retour à la vie sur terre. je me sens comme un ballon qu'on attache à son piquet pour éviter qu'il s envole.
Les voitures sont dans le trafic , je regarde bizarrement ce capharnaüm . Encore suspendue , les sens en alerte et perturbés. Je ne sais pas si ca se voit mais je fais tout pour m'ancrer à nouveau sur la planète terre . Au milieu de ma supérette , je fais des achats pour le soir. Du quotidien qui percute de l'extraordinaire .
En te lisant, je vois très nettement la scène... ton texte me parle énormément. Ce sentiment d’étrangeté face au réel, ce contraste entre l’intérieur et l’extérieur, je le trouve pour ma part assez désagréable, compliqué (très), parce qu’il me brutalise et m’empêche de prolonger, seule et sereinement, certains moments et parce que j'ai besoin de temps et de calme après. D’ailleurs, cela rejoint aussi ce dont parlait ton texte précédent, cette vulnérabilité heureuse, qu'on peut aimer chercher, trouver, ressentir... mais qui est si difficile à faire coïncider harmonieusement avec des activités banales, du moins pas si on souhaite être présente et ancrée dans le réel et avec d'autres.
RépondreSupprimerRaaaah, tu vas me donner envie de réécrire, traîtresse !
moi je sais que je fais tout pour m ancrer . comme si j avais peur de ne pas réussir à revenir. c est cette obligation que je me donne à revenir vite dans un quotidien qui est violente . J' imagine que je dois avoir peur quand c est trop fort. cela doit etre mon dernier bastion à faire tomber.
RépondreSupprimerla prochaine fois je me donnerais cet exercice de ne pas revenir trop vite: ne pas prendre mon tel, ne pas faire les courses , ne pas être dans le trafic, rester le regard suspendue en l'air .
Hum... De mon côté, je ne suis plus là. Je suis profondément en moi.
SupprimerC'est une impossibilité momentanée d’habiter le monde extérieur, c'est une présence à soi si intense qu’elle devient une absence au monde, tu vois. :-)
je suis traversée par un truc, je me sens submergée par ma vie intérieure et ça suspend provisoirement mon rapport ordinaire au réel. A la limite, le seul truc que je suis apte à faire, c'est écrire ou créer quelque chose, n'importe quoi, pour transformer l’intensité en forme, mais bon, ce n'est pas toujours possible. Quand ça ne l'est pas, je le vis comme une violence folle. J'aime pourtant cet état... alors oui, d'un côté, cet état empêche l’action, la concentration, même le fait de conduire une voiture pour moi d'ailleurs ! et donc il me fragilise... mais d'un autre côté, il me donne accès à quelque chose de très dense, de très vrai et de beau.
Et je recherche aussi cette beauté là, elle me nappe de quelque chose dont j'ai besoin.
Je viens de retomber sur une chanson de Sheller "Oh je cours tout seul" alors je te réécris un message puisque je glande depuis ce matin sans volonté aucune de me sortir de cet état.
SupprimerJe préfère la reprise d'Albin de la Simone au passage et on peut y voir un truc hyper triste et oppressant, mais moi j'y vois d'autres choses.
J'adore ce passage, certainement parce qu'il me parle :
Pour des histoires que j'aim' bien
J'ai parfois pris du retard mais c'est rien
J'irai jusqu'au bout du ch’min
Et quand ce s'ra la nuit noire je s'rai bien
Faut pas qu'tu penses à demain
Faut pas dormir au hasard et tu tiens
Je cours à côté d'un train
Qu'on m'a donné au passage un matin
C'est dérisoire et immense à la fois, il ne court pas pour un idéal, il court pour des histoires, ça peut représenter des amours, des récits qu'on se raconte, des illusions, des obsessions, des fidélités intérieures...
Il court pour quelque chose de fragile, de subjectif, d'impalpable, pour des motifs intimes. On a des attachements obscurs, des élans affectifs, des histoires auxquelles on tient sans toujours pouvoir les justifier... et il dédramatise ça.
Moi je suis plus flippée d'être dans le train qu'à côté parce que j'ai confiance en moi... et, oui, pas vraiment dans les autres, parce que quelqu'un qui te désarme sans t'abimer, quand il y a une composante érotique, j'en ai pas connu énormément qui avait cette capacité. Je n'ai peut-être pas fais les bons choix non plus à vrai dire, mais ce n'est pas moi qui me fait peur. On peut se fier à soi-même. S'autoriser à avoir une vie intérieure et trouver son équilibre en étant "à côté" et pas dans le train.
Voilà.
Maintenant, je vais potentiellement me bouger le derch, si ce n'est pour monter dans le train, au moins pour courir à côté. ;-)